Le week-end des 2006

pictU12   Tournoi Pierre Berbizier

Enfin

Il n’est pas rare dans la langue française qu’un même mot ait plusieurs significations. Il est moins courant que chacune d’entre elles puisse résumer une même situation, un même événement. L’adverbe « enfin » est pourtant celui qui caractérise le mieux les émotions ressenties à l’occasion du tournoi de Lannemezan qui s’est déroulé le 2 juin 2018.

« Enfin » indique tout d’abord un évènement qui se produit après avoir été attendu avec impatience. Exemple : « Après avoir tant désiré la fin de l’orage qui sévissait dans le ciel de Lannemezan, les jeunes TUCistes ont enfin pu fouler la pelouse inondée du terrain principal du stade François Sarrat pour y disputer la finale de leur catégorie ». Pourtant, la journée avait bien commencé sur un plan météorologique. Les montagnes des Pyrénées avaient décidé de se mettre sur leur 31 pour accueillir les jeunes toulousains. En ce samedi printanier, elles s’étaient drapées d’une écharpe blanche au-dessus de laquelle le ciel, éreinté par une surcharge de bleu, s’était allongé sur leurs cimes. Mais à mesure que les U12 du TUC disposaient des équipes du comité d’Armagnac-Bigorre, les masses grises des montagnes se détachèrent progressivement dans le bleu du ciel et au-dessus d’elles roulaient quelques petits nuages blancs dont le soleil illuminait partiellement les contours. Après la demi-finale gagnée de façon convaincante en début d’après-midi, face à la valeureuse équipe du FCTT, des nuages noirs, menaçants, s’amoncelèrent, enfantant un orage apocalyptique. Mais devant la persévérance des jeunes TUCistes, désireux d’en découdre avec l’équipe locale, Dame Nature a abdiqué : les joueurs ont été autorisés à entrer sur le terrain. La finale a pu enfin débuter sous une pluie fine.

« Enfin » indique ensuite une conclusion après une énumération. Par exemple : « Saint-Vincent de Tyrosse, Argelès-Gazost, Isle-Jourdain, Gujan-Mestras, Revel, toujours bien classés, toujours méritants, les 2006 n’étaient jamais montés sur la première marche d’un podium. C’est enfin le cas ».  Bien entendu, les 34 enfants qui composent ce groupe ont obtenu de nombreuses victoires. N’oublions pas que chacune des deux équipes a remporté son tournoi lors du déplacement effectué à Madrid au mois d’avril dernier, mais le contexte était particulier. Il manquait une victoire de référence pour mettre les autres en valeur et enfin, elle est arrivée. Bien entendu, les caciques du monde éducatif répètent à l’envi que l’on apprend peu par la victoire, mais beaucoup par la défaite, que ce n’est pas la victoire qui rend l’homme beau, mais le combat. Il n’empêche que dans des conditions fort hostiles, les 2006 du TUC ont découvert l’ivresse de la victoire, cet état d’hystérie collective qui transforme les ventre-glisses sur le terrain après le match et les rires dans les vestiaires en des moments inoubliables, ce sentiment d’insouciance qui rend l’extraordinaire presque naturel.

« Enfin » sert par ailleurs à rectifier, à apporter une correction à ce qui précède. Exemple : « Les 2006 ont remporté un tournoi, enfin il leur reste beaucoup à apprendre ». Cette affirmation ne leur est pas propre : l’être humain peut grimper aux plus hauts sommets, mais il ne peut s’y tenir longtemps. Il lui faut continuer à apprendre, apprendre encore et toujours car en grandissant, le sommet est toujours plus haut. Ces enfants de 12 ans ont toutefois un véritable atout. Quand certains font de leur sport un métier, ils ont su faire d’un passe-temps une passion. Ils véhiculent sur le terrain de rugby des valeurs d’unité, de courage et de solidarité qui sont louées par leurs éducateurs et valorisées par leurs parents, terreau fertile à la réalisation de grands et beaux projets.

« Enfin bref » (expression qui s’apparente à un pléonasme populaire), ce tournoi restera dans la mémoire de tous ses participants, parents, éducateurs, mais aussi et surtout joueurs. N’oublions pas enfin les joueurs qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas pu y participer, car en cette fin d’année rugbystique, ces enfants forment plus qu’un groupe : ils sont devenus un véritable équipe.

Les éducateurs 2006