Le week-end des 2006

pictU12   Tournoi de La Teste de Buch

Une histoire différente des autres

Qui n’a pas eu envie, un jour, de changer le cours de son histoire, de se libérer de ses archétypes transgénérationnels, de délaisser cet héritage souvent bien encombrant et insoupçonnable qui aliène sa liberté de pensée et d’action ? Chacun le sait : le chemin est difficile car la société nous renvoie irrémédiablement à la métaphore du cours d’eau qui s’écoule, cette image qui suppose la linéarité du temps et donc celle de son histoire.

A 12 ans, un enfant a déjà des idées préconçues, des limites qu’il s’est forgées lui-même ou que les adultes ont fait en sorte qu’il se crée. C’est là que « l’éducateur » a un rôle à jouer, celui de faire comme l’aqueduc qui conduit l’eau vers un but, celui de conduire l’enfant hors de sa condition d’enfant vers une condition d’adulte autonome et indépendant. Ce chemin est souvent long par les préceptes et court par les réalisations. L’une d’entre elles s’est néanmoins produite lors du tournoi de rugby de la Teste le samedi 19 mai 2018.

9h55 : 1er match de la journée contre Saint-Médard en Jalles. Les benjamins du TUC rivalisent face à une équipe bien structurée et rugueuse dans les zones de contact. Alors que l’arbitre annonce la dernière action de la partie, les jeunes TUCistes se font intercepter le ballon et perdent ce match à la dernière seconde. La déception est immense tant l’attente était grande de leur part.

16h07 : match de classement pour la 5eme place contre la même équipe de Saint-Médard en Jalles. Le match est aussi disputé que le matin, mais cette fois-ci, c’est le TUC qui l’emporte en marquant un essai à la dernière seconde, un ballon récupéré en mêlée par des avants soudés, et un ballon qui file à l’aile pour finir dans l’en-but.

Lors de l’opposition du matin, les Tucistes étaient-ils moins forts que leurs adversaires? Pas forcément. Etaient-ils meilleurs qu’eux lors de la dernière rencontre de l’après-midi ? Rien ne permet de l’affirmer. Mais dans un cas, ils ont perdu le match et, dans l’autre, ils l’ont gagné.

Est-ce le simple fait du hasard, un peu comme ce ballon de rugby qui rebondit de façon imprévisible ? Plusieurs fois dans la saison, les jeunes TUCistes ont été confrontés à cette situation : rejouer une équipe qui les avait déjà battus et le résultat final est resté identique.

Sauf que depuis quelques semaines, la fin de l’histoire est différente. Ces enfants arrivent à ressortir vainqueur de matchs contre des équipes qui les ont dominés précédemment. Ils sont en train de prendre conscience de leur qualité, du groupe de copains qu’ils forment. Depuis le début de la saison, même pendant les phases délicates de l’hiver, leurs éducateurs se sont évertués à les encourager, à croire en eux, de façon à ce qu’ils ne se découragent pas. Ils leur ont répété que tout changement est difficile au début, compliqué au milieu et magnifique à la fin. Et cette prophétie est peut-être en train de se réaliser.

Il est de ces moments précieux, où les silences parlent plus que les mots, ces moments d’exubérance, où les sourires en disent plus que de longs discours, ces moments de plénitude collective où l’histoire de chacun semble basculer dans une histoire sans fin. Mais l’histoire est un éternel recommencement, sauf que recommencer, ce n’est pas refaire.

Les éducateurs 2006